Horace

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de Pierre Corneille
mise en scène Simone Audemars

 

Réflexions d'un spectateur privilégié

L’Organon a choisi de laisser la parole à Corneille. Après des décades de "lectures" ou de "relectures" de ses œuvres, l’auteur fait un retour sur scène dans son intégrité absolue – et ce qu’il nous conte de cette histoire cruelle vaut d’être entendu à notre époque où la cruauté est de mise.

Horace présente cette étrange caractéristique de se situer entre les tragédies mythiques et les tragédies historiques, "tragédie-légende" serait sa définition la plus adéquate. Et c’est sans doute par là qu’elle se prête poétiquement au plus ample saisissement du monde tel qu’il s’impose à l’auteur en scène : période de troubles politiques et d’instabilités sociales, de conflits d’intérêts publics et privés.

Un florilège de fictions diverses s’y développe, scandant la montée des périls et des crimes, dans un jeu extrêmement subtil de confusions et de clartés, d’évidences et d’incertitudes, où nous retrouvons bien tous les indices, toutes les marques d’une grande mutation historique.

Entendre et suivre ce cheminement vers l’inacceptable, c’est s’engager à appréhender les événements qui nous harcèlent en filtrant soigneusement les sources d’information – ce que ne font pas malheureusement les personnages de cette très lamentable tragédie.

Mais c’est aussi comprendre que si nous ne nous y appliquons pas de toute notre volonté, c’est le "Pouvoir", quel qu’il soit, roi ou président, dictateur totalitaire ou démocrate, homme d’affaire ou financier,…(ainsi que Corneille l’expose au Ve acte) qui réglera tout à notre place nous reléguant à la fugitive apparition d’un simple figurant.

André Steiger